10.08.2008

Entretien avec Mocktar Sow,

Entretien avec Mocktar Sow, Secrétaire général du Conseil national du patronat, sur le développement du secteur privé au Togo



Par Sylvie Nenonene, chargée de communication



Le 10 Janvier 2007 -- Le rapport annuel de la Banque mondiale sur la pratique des affaires dans le monde, dénommé "Doing Business", a classé le Togo 151ème sur 175 pays étudiés en ce qui


Doing Business 2007 - Liens connexes sur le Togo

Doing Business - Page Togo
Doing Business - Bibliothèque juridique[un nouveau code du travail a été adopté par l'Assemblée nationale en décembre 2006]



Doing Business 2007 - Général

La pratique des affaires en 2007 : grâce aux réformes, le climat des affaires s'améliore

Doing business - Région Afrique

Site web en anglais "Doing Business"

Communiqué de presse





concerne la facilité d'y faire des affaires. Selon "Doing Business 2007", il faut au total 13 procédures sur 53 jours pour créer une entreprise au Togo ; 14 procédures sur 273 jours pour gérer les permis administratifs ; et 7 procédures sur 242 jours pour enregistrer une propriété.


L'édition 2007 porte sur "Comment réformer?". En effet, la lourdeur et la lenteur des formalités de création d'entreprise au Togo, de même que les frais auxquels sont exposés ceux qui cherchent à créer une entreprise individuelle constituent des obstacles au développement du secteur privé togolais. Le gouvernement togolais entreprend des efforts en vue du développement de ce secteur, et à cet effet a créé en 2006 le Centre de formalité des entreprises du territoire douanier (CFE) et qui est logé à la Chambre de commerce et d'industrie du Togo, et qui va servir de guichet unique visant à réduire les formalités de création d'entreprise.



Mais pour mieux comprendre comment se porte le secteur privé togolais dans son ensemble, nous avons rencontré Monsieur Mocktar Sow, Secrétaire général du Conseil national du patronat togolais, qui a bien voulu répondre à nos questions.



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INTERVIEW de Monsieur Mocktar SOW, Secrétaire général du patronat, Directeur général de INTRANS TOGO

(Interview réalisée le 20 décembre 2006)



Banquemondiale.org/togo : Pouvez-vous nous dire un peu ce qui caractérise le secteur privé togolais, et quelle est sa contribution à l’économie nationale ?





Mocktar Sow, Secrétaire général du Conseil national du patronat
[Photo: Sylvie Nenonene]



MOCKTAR SOW – Il faut savoir une chose, c’est que l’économie togolaise est caractérisée parune forte proportion de PME/PMI [Ndlr : petites et moyennes entreprises/petites et moyennes industries]. Nous appelons PME/PMI, ces entreprises qui vont de 1 à 50 employés et qui font un chiffre d’affaires généralement qui tourne entre 1 et 100 millions, selon la loi fiscale ; mais pour nous entrepreneurs, c’est entre 1 et 500 millions. Vous en avez une proportion très forte, mais ça, c’est dans le secteur moderne. L’économie togolaise est une économie essentiellement agricole et le paysan également est une PME, très petite, mais c’est une PME, et c’est eux qui forment la grosse partie de l’économie togolaise. Selon les chiffres, ils font entre 70% à 80% de l’économie, et nous considérons que c’est eux vraiment la base de l’économie nationale. C’est vers ces gens que nous devons aller maintenant.


Au niveau du patronat, nous avons un éventail d’environ 500 entreprises réparties dans tous les secteurs de l’économie et qui sont représentées en notre sein par douze associations professionnelles (les banques ; les PME/PMI ; tout ce qui concerne le port, la consignation, les transitaires ; les assurances ; les hôtels et restaurateurs ; les femmes revendeuses de tissus ; les bâtiments et travaux publics ; les pétroliers ; les agences de voyages et de tourisme ; etc.). En tout, douze associations qui contribuent énormément également à l’économie nationale.



Mais à la date d’aujourd’hui, il n’existe plus de chiffres fiables qui puissent vous dire en quelques mots, ce que ça constitue. Au niveau du patronat actuellement, nous sommes donc en train de lancer très prochainement une étude pour constituer de nouvelles bases de données bien fiables qu’on peut mettre à disposition de tout le monde, et qui permettra d’avoir une appréciation plus fiable de ce que le secteur privé représente réellement au Togo, et ce qui est sa contribution réelle à l’économie nationale.



Banquemondiale.org/togo : Comment se porte alors l’environnement des affaires au Togo ? Quels sont les principaux atouts et obstacles à la pratique des affaires et quels sont les défis auxquels font face les entrepreneurs togolais ?

MOCKTAR SOW – Aujourd’hui, le défi majeur de l’entreprise togolaise, c’est d’abord d’exister. Avec la crise que nous avons traversée, beaucoup d’entreprises ont fermé. Celles qui sont restées debout vivent difficilement. Elles sont même parfois portées à bout de bras par leurs banques. Aujourd’hui, nous avons des chantiers que nous voulons ouvrir avec l’Etat. D’abord, redéfinir la PME/PMI au Togo pour élargir la base de l’assiette fiscale, et donner une possibilité à ces entrepreneurs de faible niveau de rentrer également dans la catégorie des hommes d’affaires pour cesser d’être considérés tout le temps comme un secteur informel, alors qu’au Togo le secteur informel est le plus dynamique, si on veut faire une comparaison par rapport au secteur moderne.

Nous avons donc fait une proposition de texte au Gouvernement pour avoir aujourd’hui une nouvelle loi définissant la PME. Nous avons également sur le chantier un texte portant charte des PME que nous voulons utiliser pour mieux réguler la gestion des PME avec l’utilisation des centres de gestion agréés, des avantages qui seront octroyés aux entreprises qui respecteront certaines règles de gestion et qui respecteront leurs obligations fiscales. Nous sommes donc en discussion avec l’État sur cela. Il y a un comité qui a été mis en place par un décret du Premier Ministre. Si nous arrivons à réaliser concrètement ces deux chantiers, cela donnera un nouveau visage au secteur privé togolais et cela permettra à tout le monde d’en avoir une appréciation plus positive. C’est ce à quoi on peut arriver dans l’avenir.

En dehors de cela, il y a le défi de la justice. Il y a beaucoup de gens qui reprochent au Togo une justice un peu inefficace. Je ne veux pas utiliser les gros termes, mais le Chef de l’État a eu à le dire aussi. Nous demandons à ce que la justice soit complètement modernisée, et que les petits problèmes qui surviennent soient amoindris au maximum.



Mais surtout nous demandons que deux structures soient mises en place. D’abord, la cour d’arbitrage et de médiation au niveau de la Chambre du commerce et d’industrie ; ensuite un véritable tribunal du commerce, des prud’hommes qui permettront à chacun d’aller discuter des questions de commerce avec des professionnels. Pas comme aujourd’hui une chambre commerciale, ou un tribunal de première instance ; il faut un véritable tribunal du commerce.



Si on arrive à régler le problème de la justice, le problème de la charte des PME/PMI, le problème de la définition des PME, la seule chose qui nous resterait serait d’améliorer le financement des PME/PMI au Togo. C’est ça qui constitue la grosse partie de l’économie, et c’est vers eux qu’il faut aller. C’est vers ces gens qu’il faut apporter les aides nécessaires à leur développement. Et maintenant pour les jeunes qui sortent, je dirai qu’il leur faut une formation ou un appui, puis la mise en place de garanties pour les aider également à se lancer sur le chemin de la création propre d’entreprise. Parce que l’État ne peut plus aujourd’hui embaucher : c’est une réalité et il faut en tenir compte également.



Banquemondiale.org/togo : Le dernier rapport de la Banque mondiale sur la pratique des affaires 2007 a étudié 175 économies et, en ce qui concerne l’Afrique, deux pays ont émergé en matière de réformes et ont été classés parmi les 10 premiers : il s’agit du Ghana et de la Tanzanie. De votre point de vue, qu’est-ce-qui fait que les affaires semblent aller mieux au Ghana ?



MOCKTAR SOW – Il y a deux choses. D’abord, il y a les habitudes des pays anglophones ; c’est des pays plus pragmatiques et plus directs, contrairement aux pays francophones. La deuxième chose, c’est ce que j’ai dit tout à l’heure, c’est la prise des textes et le sérieux dans la gestion.



Vous savez, aujourd’hui quand vous allez au Ghana, c’est presque impossible de frauder la TVA ; alors qu’ici les gens le font tout le temps. C’est presque impossible d’être en marge de l’administration fiscale ; alors qu’ici nous avons beaucoup de gens qui le font, et nous l’avons dénoncé publiquement.



Nous voulons participer à notre économie. Nous sommes des togolais et nous voulons payer les impôts ; et nous demandons à ce que tout le monde soit à la même enseigne. Ce n’est pas une question de xénophobie, mais généralement, c’est les étrangers qui le font. Mais il y a aussi des togolais qui le font, il faut le reconnaître ! Il faut que chacun sache qu’il doit être dans le souci de participer réellement au développement de son pays. C’est ce qui se fait dans ces pays !



Et quand vous allez au Ghana aujourd’hui, c’est un pays qui n’a pas eu les problèmes que nous avons eus au Togo ! Le Togo, pendant 15 ou 16 ans—vous êtes bien placé pour le savoir—a eu beaucoup de problèmes : un arrêt de décaissement à la BM [ndlr: Banque mondiale], pas de programme avec le Fonds monétaire, pas d’appui budgétaire réel avec l’Union européenne, les bilatéraux qui sont dans l’Union européenne également ont arrêté beaucoup de programmes et ne font que dans l’humanitaire et tout ce qui va directement vers les associations. C’est un manque à gagner énorme pour l’État qui, s’il avait ça, aurait pu développer plus tôt des programmes de modernisation de l’administration, des programmes de réforme de la justice.



Aujourd’hui que nous avons repris et qu’il y a une forte volonté des autorités d’aller de l’avant, nous disons au niveau du secteur privé que nous devons nous aussi nous réorganiser, et si nous marchons main dans la main, comme ça se fait partout, je donne 10 ans au Togo pour se remettre à niveau. C’est la période normale en termes d’analyse économique pour pouvoir juger des résultats sur le terrain. Je pense donc que dans 10 ans, en 2017, on pourra faire une évaluation et je pense que le Togo aura démontré qu’il a une forte volonté de se remettre au même niveau qu les autres pays.



Banquemondiale.org/togo : Ce sera notre dernière question. Nous souhaitons à présent revenir sur le rôle que le gouvernement doit jouer en vue de redynamiser le secteur privé togolais. Nous pensons que la création d’un Ministère en charge des PME est le signe que les autorités du pays veulent vraiment permettre au secteur privé de jouer le rôle qui est le sien dans la relance de l’économie togolaise. Selon vous, quelles sont les priorités auxquelles ce Ministère doit s’atteler ?



MOCKTAR SOW – Les textes ! Qu’ils prennent les textes. D’abord les textes. Parce que en terme d’appui, qu’est-ce qu’ils peuvent faire ? C’est les textes ! C’est d’amener le gouvernement à prendre les textes pour la mise en place des fonds de garantie ; les textes pour la définition de la PME ; les textes pour améliorer les structures de création des entreprises ; les textes concernant la mise en place des fonds d’appui aux jeunes. C’est les textes ! Il faut les avoir et les appliquer réellement.



Si ce Ministère joue son rôle de département technique, il restera au secteur privé de jouer le sien. Il y a des fondamentaux pour que le secteur privé marche bien. Il faut que les textes et les structures institutionnelles soient bien mis en place. Il faut que la gestion au niveau de la fiscalité soit bien comprise et pas trop lourde, pour permettre à l’entreprise de réinvestir dans le pays avec l’épargne dégagée.



Et il faudrait qu’au niveau du financement, il y ait des structures de financement adaptées au financement de la PME/PMI et que les taux d’intérêt soient des taux qui permettent à l’entreprise de dégager facilement une marge bénéficiaire et réinvestir.



Si on règle au niveau des textes, au niveau de la mise en place des garanties, des structures, et si on règle au niveau du financement, je ne vois pas pourquoi on ne va pas travailler. Tout le monde connaît la vigueur des Togolais dans les affaires commerciales ! On n’est pas très industriels, mais c’est une nouvelle culture qui est en train de se développer. L’industrie aussi participe beaucoup au développement de l’économie et je pense qu’aujourd’hui, la volonté est là pour tout le monde à aller de l’avant, et il faut que les bailleurs de fonds nous accompagnent.



Sans bailleur de fonds, je ne connais pas un pays qui marcherait. Même les Etats-Unis se font financer sur les marchés, à travers les fonds de pension et autres qui permettent au pays de tourner. Bien que ce soit l’économie la plus endettée du monde, c’est une économie qui tourne ! Parce que les investissements se font, les gens créent des entreprises, le secteur privé est dynamique ! Ce n’est pas sorcier, mais c’est comme ça que cela doit se faire.



Banquemondiale.org/togo : Nous vous remercions infiniment de votre disponibilité.



MOCTAR SOW – C’est moi qui vous remercie !



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Quelques mots sur "Doing Business 2007".

"Doing Business" est un rapport annuel de la Banque mondiale consacré à la pratique des affaires dans le monde. Il étudie 175 économies et présente un certain nombre d'indicateurs quantitatifs relatifs aux réglementations commerciales et à la protection des droits de propriétés. Il mesure également les réglementations applicables à dix (10) domaines de l'activité commerciale, à savoir : la création d'entreprise, l'obtention des licences, l'embauche des travailleurs, le transfert de biens immobiliers, l'obtention de prêts, la protection des investisseurs, le paiement des taxes et impôts, le commerce transfrontalier, l'exécution des contrats et les faillites. "Doing Business 2007" a mis l'accent sur les réformes, et constate que certains pays ont simplifié la réglementation des affaires, renforcé les droits de propriété, allégé la pression fiscale, facilité l'accès au crédit et réduit le coût de l'export-import.

Vous trouverez tous les détails à travers les liens contenus dans notre boîte "Ressources", et aussi en anglais sur le site : www.doingbusiness.org.



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