29.10.2008
Thomas Sankara, à Ouagadougou
posté le 28 octobre 2008
Prince Johnson : "C’est Compaoré qui a fait tuer Sankara, avec l’aval d’Houphouët- Boigny"
C’est une exclusivité de RFI. Pour la première fois depuis son passage spectaculaire devant la commission Vérité et réconciliation le 29 août, Prince Johnson, l’ancien chef rebelle libérien, a donné des détails ce week-end sur son rôle dans la mort du président burkinabè, tué en octobre 1987. Cette fois-ci c’est au micro de RFI qu’il s’est confié. A l’époque, Prince Johnson s’entraînait au Burkina Faso. Selon lui la mort de Sankara aurait été décidée par son bras droit et successeur, l’actuel numéro un burkinabè Blaise Compaoré, avec l’aval du président ivoirien de l’époque, Félix Houphouët-Boigny. Blaise Compaore a toujours démenti avoir joué le moindre rôle dans la mort de Thomas Sankara. Prince Johnson a d’abord rendu hommage à l’ancien président burkinabè, qui pour lui était un homme exceptionnel, aimé par son peuple et par le monde extérieur. Mais il fallait se débarrasser de lui : « La seule option pour notre formation, rester au Burkina puis aller en Libye, était de répondre positivement à la requête de Blaise, c’est-à-dire se débarrasser de Thomas Sankara qui était contre notre présence au Burkina ».
A la question de savoir s’il a été facile de se débarrasser de Thomas Sankara, Prince Johnson répond que le vrai maître des lieux à cette époque-là était plutôt l’actuel président : « Franchement, Sankara n’était qu’un chef cérémonial, c’est Blaise Compaoré qui contrôlait tout, les casernes et la garde présidentielle donc il était très facile de s’infiltrer ».
Prince Johnson est allé plus loin en citant le nom de l’ancien président ivoirien, Félix Houphouët Boigny : « Il voulait la chute de Sankara pour que nous puissions suivre notre formation et retourner au Liberia pour tuer Doe (Samuel K. Doe, président du Liberia à cette époque, NDLR) parce que Doe a tué son beau-fils, William Tolbert junior... » http://www.seneweb.com/news/elections2007/article.php ?artid=19286
Derrière les révélations de Prince Johnson, les soutiens burkinabè et ivoirien à la rébellion du Liberia par RFI Article publié le 28/10/2008 Dernière mise à jour le 28/10/2008 à 06:03 TU
La tombe de Thomas Sankara, à Ouagadougou. (Photo : Stanislas Ndayishimiye / RFI) Sans surprise, les pouvoirs ivoirien et burkinabè,mis en cause par le rebelle libérien dans l’assassinat de l’ancien président burkinabè Thomas Sankara en 1987, ont rejeté ses révélations ce lundi. Une affaire qui met en lumière les soutiens dont ont bénéficié à l’époque les futurs rebelles libériens. Imprimer l’article Envoyer l’article Réagir à l’article Les réactions se sont multipliées après les révélations réititérées ce week-end auprès des médias de l’ancien chef de guerre libérien Prince Johnson, qui tout comme le 29 août devant la Commission Vérité et réconciliation, s’est une nouvelle fois accusé du meurtre de Thomas Sankara, en octobre 1987. Selon lui, le crime a été commandité par l’actuel chef de l’état burkinabè Blaise Compaoré, avec l’aval de l’ancien président ivoirien, Felix Houphouët-Boigny. Vingt et un an après cet assassinat, c’est avec suspicion que le gouvernement burkinabè a accueilli les propos de Prince Johnson. Pour le porte-parole de l’exécutif, Philippe Sawadogo Un fils de Yako, l’aveu tardif de l’ancien chef de guerre n’est que mensonges et affabulations : « Pour moi,ce ne sont pas des accusations avérées… 21 ans avec des aveux basés sur des éléments dignes de fiction, je me dis : qui est derrière ces affabulations ? » Pour l’entourage de la veuve de Thomas Sankara, les déclarations de Prince Johnson ne font que confirmer la rumeur persistante de l’implication de Blaise Compaoré dans cet assassinat. Et pour Maitre Nkounkou, l’un des avocats français de Mariam Sankara, accuser Prince Johnson de mentir n’est qu’une énième manoeuvre de la part de Ouagadougou : « C’est ce qu’on dit toujours quand on a été plusieurs voleurs… Le 40e n’a pas de parole mais les 39 autres connaissent la vérité... Prince Johnson est bien passé par le Burkina Faso à ce que je sache. Je crois que dans ce dossier, chacun essaie toujours de cracher sur le cadavre de Thomas Sankara et ça c’est inacceptable. » Et l’avocat précise qu’il pourrait utiliser ce nouveau témoignage devant la justice burkinabè. Les liaisons dangereuses entre les futurs rebelles libériens, et les pouvoirs ivoirien et burkinabè Nous sommes au Liberia, fin 1985. Thomas Quiwonkpa est assassiné par les soldats de Samuel Doe. Le jeune général vient d’échouer dans sa tentative de renverser le régime qu’il a contribué à installer 5 ans plus tôt. Pour éviter la purge, des officiers de sa communauté prennent la fuite. Parmi eux, son aide de camp, Prince Johnson. Les chemins de l’exil les mènent au Burkina Faso où ils retrouvent Charles Taylor, tout juste évadé d’une prison américaine. Là, le petit groupe d’exilés libériens reçoit le soutien du ministre d’état Blaise Compaoré et du président ivoirien Felix Houphouët-Boigny. A l’époque, le Burkina Faso est un refuge pour les révolutionnaires du continent. Quand au chef de l’Etat ivoirien, il n’a toujours pas pardonné à Samuel Doe le meurtre du fils de l’ex-président William Tolbert, Adolphus Tolbert. La politique rejoint ici les affaires familiales : le jeune homme était marié à la filleule d’Houphouët. Le séjour burkinabè des insurgés libériens prend fin après l’assassinat de Thomas Sankara en octobre 87. Grâce à l’entremise de Blaise Compaoré, Charles Taylor, Prince Johnson et les autres fondateurs du NPFL (Front national patriotique du Liberia) s’envolent pour la Libye pour parfaire leur formation militaire. Deux ans plus tard, à Noël 89, une centaine de rebelles libériens lancent depuis l’ouest ivoirien leur première attaque contre le régime Doe. On retrouvera ensuite dans les rangs du NPFL des dizaines d’instructeurs burkinabè.
Encore une trouvaille pour escroquer les bailleurs de fonds pour Merci beaucoup à FFS pour nous avoir parler de l’affaires thomas SANKARA. Comment une telle révélation peut ne pas faire la une d’un journal d’information qui se dit sérieux comme L’obs. Excusez si ce dont je parle n’a pas de rapport avec l’article de l’obs mais ça m’ecœur que le journal n’en parle pas. C’est la fin de BLAISE et de son regime qui s’est amorcé et cela est irréversible. Blaise même sait que tout se paie d’abord sur terre en entendant la justice divine qui elle est incorruptible et impitoyable. Il se croit intelligent, mais il se trompe gravement. Pense t-il qu’en éteignant les feux qu’il a allumé( cote d’ivoir, liberia, togo...) il aura une légitimité au yeux de la communauté internationale et que le peuple oublirait tout ses crimes barbares qu’ils a commis. Mais il ne perd rien pour attendres’enrichir ? Quand je lis l’article et que j’apprends que le MAEP fait partie du NEPAD, c’est significatif de constater que nos chefs d’Etats se sont donc acharnés à mettre en oeuvre ce MAEP, mais ils ont vite fait d’oublier la partie D du NEPAD (Développement de l’Afrique). Le développement de l’Afrique, ils s’en f... Par contre leur propre orgueil, tant qu’il est caressé par les griots de service et par leurs collègues syndicalistes (vive le Syndicat des Chefs d’Etats Africains-SCEA), et que leur compte en banque se gonfle de façon inversement proportionnelles à leur capacité à résoudre les problèmes de leurs concitoyens, C’EST TOUT BON.
je ne sais pas pourquoi l’obs est resté indiférend sur l’interventions de prince johson sur les ondes de rfi ne perdé pa votre crédibilité.Rien au monde ne peut faire oublié la fin triste d’un hero qui a voulu faire naitre l’espoir de tout un continent il ne suffit pas de se proner d’une bonne gouvernance etant soit meme souillé du sang et de crime.les exemples ont toujours montrer que le passé rattrappe toujours le present tôt ou tard le peuple agira.
Burkina Faso: Il était une fois le 15-Octobre
Le 15 octobre 2007 marquera le 20e anniversaire de la mort du président du Conseil national de la Révolution (CNR), Thomas Sankara, mais aussi celui de l'accession au pouvoir de Blaise Compaoré. Que s'est-il passé ce jeudi 15 octobre pour que deux amis, sinon deux frères, se disent adieu dans le sang ?
Deux thèses avec différentes versions s'affrontent depuis : pour les sankaristes, on a assassiné leur héros, selon un plan prémédité, bien huilé. Et pour le camp d'en face, le père de la révolution burkinabè s'apprêtait à liquider Blaise et compagnie. C'est la thèse du fameux complot de 20 heures. Ce serait donc celui qui a dégainé le premier qui a gagné. En attendant que le temps et les historiens apportent un éclairage plus cru et plus objectif sur la question, revisitons cette page sanglante de notre histoire.
Qu'est-ce que le temps pour l'homme ? « Si on ne me le demande pas, je le sais, mais si on me le demande et que je veuille y répondre, je ne le sais plus ». Paroles de Saint Augustin, philosophe. Des siècles plus tôt, son collègue Empédocle d'Agrigente affirmait que « le temps est l'image mobile de l'éternité immobile ».
Cette petite digression sur le temps pour signifier que pour nombre de gens, le 15 octobre 1987, c'est comme si c'était hier. En effet, nombreux sont ceux en qui résonnent encore les coups de feu émanant du Conseil de l'Entente et nombreux sont ceux qui se rappellent aussi être allés voir de visu à Dagnoën les monticules servant de sépultures rapidement creusées à Thomas Sankara et à ses douze compagnons d'infortune. Enfin, ils sont tout aussi nombreux ceux qui n'ont pas oublié la première prestation télévisuelle du capitaine Blaise Compaoré en tant que nouvel homme fort du pays ; il s'agissait pour lui d'expliquer le pourquoi de ce dénouement tragique.
Pour mieux comprendre ce qu'il est convenu d'appeler un aboutissement malheureux des divergences qui avaient fini par se faire jour dans l'équipe dirigeante de l'époque, il faut camper d'abord l'atmosphère plus que délétère qui a fait le lit du drame de ce 15-Octobre. Plusieurs mois auparavant, Ouagadougou bruissait de rumeurs relayées par des tracts faisant état d'une guéguerre entre Thomas et les trois autres chefs historiques du 4-Août (appelés aussi coordonnateurs du Faso (1), en particulier avec Blaise Compaoré. Mieux, il était question de graves contradictions entre le chef de l'Etat et son alter ego. Quelles en étaient les raisons ?
Une atmosphère délétère
Certains ont évoqué le spontanéisme du patron du CNR, son côté one-man-show, qui prenait au dépourvu tout le monde jusque dans son entourage immédiat. Les meetings étaient ainsi de véritables défouloirs où l'orateur hors pair qu'était Thomas Sankara prenait certaines décisions au détour de formules chocs et de slogans assassins du genre "hiboux au regard gluant", "vieux crocodiles", etc.
Une attitude qui, dit-on, confinait à l'aventurisme, au pilotage à vue et qui, plus d'une fois, a dû froisser son entourage, frustré d'avoir été mis devant le fait accompli. Blaise Compaoré lui-même l'affirme en ces termes, répondant à un journaliste de Jeune Afrique (2) : « A la fin, il (Thomas) n'était plus populaire qu'à travers certains médias occidentaux essentiellement. Et plus, il avait de succès dans la presse internationale, plus, il croyait pouvoir se passer de l'avis des autres. Il décidait donc de tout, tout seul, et nous, nous n'avions plus qu'à suivre. Je peux vous citer des dizaines d'exemples pour cela ». On entend s'élever la clameur d'indignation de ses contempteurs qui poussent des cris d'orfraie, car pour eux, il n'y a qu'un seul évangile qui tienne : Blaise a toujours voulu être calife à la place du calife et, aidé par l'impérialisme international, il s'est fait fort de reprendre le 15 octobre 1987 ce qu'il n'avait pas donné de bonne grâce le 4 août 1983, puisque c'est lui qui a fait le coup ce jour-là pour libérer son ami Sankara et lui remettre le "naam".
En tout cas, à cette politique du spontanéisme dont on accablait le légendaire président du CNR, s'était aussi ajouté peut-être le comportement de ses fans, notamment les élèves et étudiants qui ne juraient que par Tom Sank, à propos et contre-propos. Que peut ressentir un des coordonnateurs du Faso, lorsque montant à une tribune pour s'adresser à eux, il s'entend crier à tue-tête « on veut Sankara ! on veut Sankara » ? Que peut-il ressentir ? Sinon que de la frustration mêlée de colère. Or ces faits avaient tendance à se multiplier à l'époque.
L'attaque frontale de Jonas Somé
Paradoxalement, la première salve contre Sankara est venue d'un élève le 2 octobre 1987 à Tenkodogo. Ce jour-là, marquait le quatrième anniversaire du Discours d'orientation populaire (DOP), la bible des premiers responsables de la Révolution burkinabè. Le président du CNR était dans cette ville pour le célébrer. Avant qu'il ne prenne la parole, il reçoit le discours d'un certain Jonas Somé, un ancien du Prytanée militaire du Kadiogo (PMK), aujourd'hui commandant de l'armée, qui osa ce jour prendre le contre-pied du discours que Tom Sank n'avait pas encore prononcé. Qui l'avait informé de ce que Thomas allait dire ? Mystère et boule de gomme. Véritable crime de lèse-mythe, les propos du fougueux Jonas Somé, frère, soit dit en passant, du lieutenant Gaspard Somé, mort accidentellement sous le Front populaire (FP), loin de provoquer l'ire de Sankara, l'a plutôt ragaillardi. N'aimait-il pas dire que la Révolution est faite de contradictions ? C'est pourquoi, s'écartant de son discours initial , il improvisa, comme il savait si bien le faire, en débutant ses propos par un « Notre Révolution n'est dirigée contre personne, contre aucun peuple ».
Trop tard, ceux qui savaient lire les événements ont vu dans cet incident gravissime, du reste ,le fait que le ver était dans le fruit. D'aucuns soutiennent même que depuis ce jour, Sankara n'ignorait rien de la conjuration qui se tramait contre lui, mais préféra laisser les choses suivre leur cours. Comme s'il avait vocation de martyr. N'avait-il pas un jour confié que le jour où ses amis entendraient que Blaise fomente un coup d'Etat contre lui, ce n'était pas la peine de vouloir le contrecarrer parce que ce serait trop tard ?
Les plus superstitieux ajoutent aux causes du destin tragique de l'homme l'irrévérence notoire des révolutionnaires vis-à-vis des chefs coutumiers (la féodalité pour emprunter un jargon du cru) qui ont essuyé toutes sortes d'avaries allant jusqu'à la coupure de l'électricité chez le Mogho Naaba. Ajoutons-y l'absence totale de liberté, la vision manichéenne de la société... En tout cas, à partir de la salve de Jonas (la voix de son maître ?) à Tenko, l'affaire semblait entendue ; ce fut presque un compte à rebours qui commença jusqu'au fatidique 15 octobre de l'année 1987.
Blaise : "j'ai personnellement participé à deux coups d'Etat"
Que s'est-il passé ce jour et que devait-il se passer d'autre ? On l'a souligné plus haut au sujet de ce jeudi noir, deux thèses s'affrontent : ceux qui tiennent mordicus à voir en Blaise, celui qui avait minutieusement préparé son coup et qui attendait son heure ; et les autres qui sont partisans du complot de 20 heures. Penchons-nous sur la première théorie : selon celle-ci, Blaise Compaoré qui fut militairement l'artisan de la révolution visait la présidence depuis longtemps, mais n'était pas encore prêt en 1983. « J'ai personnellement participé à deux coups d'Etat pour remettre aussitôt le pouvoir à un autre », affirme l'intéressé (3). De vrai, le 4 août 83, c'est encore Blaise qui a déposé Jean-Baptiste Ouédraogo pour remettre le gouvernail ensuite au bouillant et vibrionnant Sankara. Le 15 octobre fut-il la date choisie par lui pour le reprendre ?
En tout cas, les partisans de cette thèse soutiennent dur comme fer cette version. Pour certains, l'incident du 2 octobre à Tenkodogo a été inspiré par le tombeur de Sankara, estimant même que c'était ce jour que le président du CNR devait être éliminé, et que c'est in extremis que le coup a été reporté sine die. Toujours selon cette thèse, Blaise se sentait de plus en plus froissé par Thomas Sankara qui, il est vrai, prenait, comme nous l'avons souligné plus haut ,certaines décisions de portée nationale sans avoir au préalable, échangé ou informé ses collègues qui étaient obligés d'avaler la pilule, fût-elle amère. Alors, Blaise a-t-il vraiment « balisé » le terrain, en jouant le second rôle alors qu'il était le principal acteur, donnant du temps au temps avant de prendre sa chose 4 ans plus tard ? Dans tous ses ouvrages (4) consacrés totalement ou partiellement à son idole, le journaliste-écrivain Senen Andriamirado, qui fut un de ses professeurs à l'académie militaire d'Antsirabé, n'a pas de doute à ce sujet :le 15 octobre est une conspiration planifiée.
Valère Somé : « On va nous égorger comme des moutons »
Valère Somé, un fidèle de Thomas Sankara est également convaincu que Blaise a savamment préparé le 15-Octobre. Il livre sa part de vérité en ces termes : « Quelques semaines auparavant, j'avais été tiré de mon lit, au beau milieu de la nuit, par des camarades militants de mon organisation pour m'entendre dire « va trouver ton type (NDLR : Thomas) et dis-lui que s'il ne réagit pas, nous serons pris et égorgés comme des moutons ! Il ne fait aucun doute que les partisans du capitaine Compaoré sont prêts à passer à l'offensive » (5). Le lendemain, il ira effectivement voir Thomas, qui le rassurera, en disant en substance qu'il ne pensait pas Blaise capable de cela, et que du reste le rapport de force est en sa défaveur. Il est vrai que si avec le tempérament et le bagout qu'on lui connaissait, Thom Sank était un véritable meneur d'homme plus politique, la force de frappe militaire, elle, était bien l'introverti et secret Blaise
Les sankaristes sont donc convaincus du traquenard tendu contre leur mascotte alors que les partisans de l'actuel chef de l'Etat burkinabè penchent plutôt pour le « complot de 20 heures ». Beaucoup se souviennent d'un indice révélateur :Blaise et Sankara évitaient à l'époque d'être au même endroit et en même temps. Hasard ou fait délibéré, on y avait déjà décelé cette méfiance réciproque entre les deux amis. L'on a même soutenu que quelques mois avant le 15-Octobre, Blaise, en retournant à Po, avait échappé de justesse à un attentat. Qui en était le commanditaire ? Toujours est-il que depuis lors, l'intéressé changeait fréquemment d'itinéraire pour rejoindre le chef-lieu du Nahouri « foyer incandescent de la révolution », où il avait ses quartiers. Les tenants de cette même thèse soutiennent qu'en fait, dès les premiers jours de l'avènement du 4 août 83, Blaise avait déjà échappé à un guet-à-pens. Il faut dire que la révolution a toujours mangé ses propres enfants et certains se demandent comment la nôtre aurait pu échapper à cette règle immuable.
Au conseil, la situation échappe au colonel Diendéré
Toujours est-il aussi que ce 15 octobre 1987, Thomas Sankara aurait convoqué une réunion : il s'agissait d'analyser un texte relatif à la discipline des membres du CNR. Lequel texte devait être discuté le même jour en présence de toute la crème du CNR. Etait-ce encore un traquenard pour éliminer Blaise et les autres ? Les partisans de Blaise le subodorent, rappelant en appui la création quelque temps auparavant de la FIMATS, cette fameuse force d'intervention placée sous les ordres du non moins fameux Vincent Sigué. En tout cas, à 16 heures, selon certains témoins, comme tous les jeudis, le président du CNR endosse sa tenue de sport et avec son chauffeur, il se rend au Conseil de l'Entente et c'est là que tout s'est précipité.
Ecoutons les rares confidences auxquelles le colonel Gilbert Diendéré, autre fidèle de Blaise, s'est livré (6) : « Nous savons que Sankara avait une réunion à 16 heures et nous avions décidé d'aller l'arrêter là-bas. Peu après 16 heures, la Peugeot 205 de Sankara et une voiture de sa garde sont arrivées devant le pavillon (NDLR : dit pavillon Haute-Volta) ; une deuxième voiture de sa garde est allée se garer plus loin. Nous avons encerclé les voitures... Sankara tenait, comme toujours, son arme, un pistolet automatique à la main. Il a immédiatement tiré et tué un des nôtres. A ce moment, tous les hommes se sont déchaînés, tout le monde a fait feu et la situation a échappé à tout contrôle » (6).
Blaise Compaoré lui-même dans l'interview à Jeune Afrique citée plus haut affirme : « c'est pour avoir voulu nous liquider, Jean-Baptiste Lingani, Henri Zongo et moi, qu'il s'est fait abattre par des soldats qui me sont fidèles... les soldats qui partaient pour l'arrêter ont été obligés de faire usage de leurs armes, lorsque Thomas et sa garde personnelle ont ouvert le feu sur eux... le seul gendarme qui ait été abattu dans cette fusillade l'a été par le président... on ne peut pas reprocher à des militaires de riposter quand on tire sur eux ». "Une fable que tout ça" rétorquent les orphelins inconsolables du pape de la révolution burkinabè, car, disent-ils, sachant le rapport de force militaire en sa défaveur, comme indiqué plus haut, il n'aurait jamais commis l'erreur, intelligent comme il était, d'ouvrir en premier le feu. Il se serait même, raconte ses thuriféraires, offert en agneau du sacrifice en lançant à ses hommes : "laissez, c'est moi qu'ils sont venus chercher !". Avant d'être déchiqueté par le feu nourri de ses assassins.
Kadhafi aurait envoyé des armes à Sankara
Philippe Gaillard, journaliste-écrivain, met ces mots qui créditent le complot de 20 heures dans la bouche de Jacques Foccart, le monsieur Afrique de l'Elysée des années 70,80 et 90 : « Blaise en était convaincu, il prétend que Kadhafi avait téléphoné à Sankara pour lui dire : « maintenant, tu ne dois plus attendre, il faut que tu te débarrasses de Blaise ». "On a dit que l'assassinat aurait dû être commis au cours d'une réunion prévue pour 20 heures, par Vincent Sigué, le sicaire de Sankara... des politiciens burkinabè modérés qui ne sont pas des amis de Compaoré croient que c'est exact" (7) affirme le même Foccart en substance et même que le 15 octobre 1987, un avion libyen aurait livré des armes à Sankara, croit-il savoir.
Fin mars 1988, les nouveaux hommes forts du pays publieront un livre blanc sur les événements du 15-Octobre. Ce mémorandum accrédite naturellement la thèse du coup de 20 heures qu'aurait ourdi Thomas Sankara. On le constate donc ,20 ans après ces douloureux événements, les deux thèses continuent à s'affronter, sans qu'on ne sache trop laquelle est la plus fiable. Pas plus d'ailleurs, nous ne savons si finalement, en toile de fond, il y avait véritablement une querelle de ligne ou simplement une histoire de personnes. En effet, les livraisons à travers nos colonnes d'hommes politiques qui ont connu le système de l'intérieur comme Achille Tapsoba ou Issa Tiendrébéogo nous ont justement laissé sur notre faim à ce sujet (8), chacun décrivant la situation en fonction du camp où il se trouve actuellement. Mais sans doute, écrira-t-on un jour la véritable histoire du 15-Octobre (qui fait, dans tous les cas, partie de notre commune histoire) quand les passions se seront tassées.
Notes : (1) Thomas Sankara, Blaise Compaoré, Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo étaient appelés les coordonnateurs du Faso. Ainsi, à chaque 4 août, tout le gouvernement était congédié et seuls les 4 décidaient de la marche du pays (2) In Jeune Afrique du 4 novembre 1987 (3) In Jeune Afrique cité (4) Senen Andriamirado : "Il s'appelait Sankara :chronique d'une mort violente" ; Ibrahim Baré Maïnassara(IBM) : "mon ambition pour le Niger" (5) Valère Dieudonné Somé : "Thomas Sankara, un espoir assassiné" (6 Ludo Martens : "Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè" (7) Philippe Gaillard : "Foccart parle Tome II" (8) Lire les interviews des deux intéressés dans les éditions de l'Observateur paalga du 05 et 08 octobre 2007
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
L'Observateur Paalga (Ouagadougou)


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Commentaires
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Thomas
Ecrit par : Thomas | 04.11.2008
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