13.11.2008

Détournement des recettes au Terminal du Sahel

Les services, qui devraient, par leur rendement, contribuer à une nette amélioration des recettes de l’Etat, ne sont pas à la hauteur des espérances. Le tableau présenté par le gouvernement togolais est sombre et peu reluisant.
Les poches de résistance existent au cœur même de la hiérarchie et se développent par manque de rigueur dans le contrôle des comptes.
A la Douane, Terminal du Sahel, une catégorie de caissiers, avec la bénédiction de certains supérieurs à " Togblé", alimenterait un compte parallèle de vente de tickets « laisser passer » fraudés.
La quittance imprimée en autocollant, donnant un droit de transit aux véhicules non immatriculés sur le territoire togolais, serait falsifiée et vendue à des prix dérisoires.
Selon certaines indiscrétions, des chefs se seraient faits beaucoup d’argent avec ce procédé. Un agent reconnaît avoir bénéficié d’importantes sommes d’argent comme récompense pour le silence et la complicité observés. En guise de preuve à son allégation, la même source dont nous taisons pour l’instant l’identité s’exprime : « Sinon, en ma qualité de simple caissier, avec un salaire mensuel de 150 000 f cfa, où aurais-je pu trouver, en moins de 10 ans de service, l’argent pour m’offrir plus d’une demi-douzaine de villas construites dans des quartiers résidentiels de Lomé ? », s’interroge-t-il en notre présence. Avant d’ajouter « … sans compter les terrains nus (non bâtis) dont je suis propriétaire, (…), mon véhicule personnel et autres engins à deux roues… Je suis rentré au Port Autonome de Lomé comme simple gardien ; aujourd’hui je suis caissier et me rends au service quand je veux », a-t-il conclu.
Ces informations, après de longues enquêtes sur le terrain, ne souffrent d’aucun doute : les réalisations matérielles de ces agents de la Douane sont une injure aux autres douaniers qui, malgré leur sens du travail bien fait, se retrouvent au bas de l’échelle sociale, et qui semble-t-il, n’ont pas une même origine ethnique que les patrons…, un "frèrisme" antipatriotique leur permettant de se gaver du "gâteau national" jusqu’à la barbe, disent certains.
La période d’avant et durant 2005 aurait fait du Port Autonome de Lomé, la vache à lait des pilleurs. Les services comptables ont enregistré de faibles taux de recettes alors que le nombre réel de véhicules en transit à Lomé est bel et bien supérieur.
Les Togolais ont encore en mémoire l’affaire de 5 milliards détournés au Port Autonome de Lomé, dont le sort des présumés auteurs n’a jamais été traduit devant les juridictions pour décourager les criminels. Un sérieux précédent, un laisser aller, disent d’autres.
Aujourd’hui, le système portuaire continue de souffrir de malversations économiques : les guichetiers vendraient des badges, en concurrence avec l’Etat, leur employeur, en fournissant de faux badges, dont les recettes vont naturellement dans leur poche. Pire, la complicité généralisée qui entoure l’administration démontre que l’économie du Togo a des jours ténébreux devant elle.
Pour se détourner de leur mauvaise conscience, des vendeurs de tickets évoqueraient leur bas salaire : « comment pourrait-on concevoir qu’un tickettier fasse des dizaines de millions mensuels et qu’à la fin du mois, il se retrouve avec un salaire de misère ? »
L’apport du Terminal du Sahel, de source bien indiquée, est d’une part annuelle d’environ 4 milliards dans l’économie depuis des décennies.
Nous interpellons le Directeur Général des Douanes et celui du Port Autonome de Lomé à faire la lumière sur les recettes à de divers niveaux.
Nous y reviendrons.

Commentaire
Il faut dire que lorsque l’administration se clanise et s’ouvre à l’incompétence, elle ne se met plus au service de la Nation mais d’une minorité. Et le pillage n’est plus aux yeux des personnes, qui en général se connaissent, un délit mais un signe de solidarité.
Une anomalie de gouvernance économique et sociale, qu’évoque l’économiste Nadine Khalife dans sa récente publication et qui porte de dures entorses à l’Etat moderne que le Président Faure a coutume d’exprimer sans relâche, et qui si on n’y prend garde constituera un vain mot.
L'Oeil d'Afrique

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