13.11.2008

Mise au point de l’Oeil d’Afrique, à propos de l’article sur la qualité de l’eau de la TdE

Sur des recoupements effectués pendant des années, votre journal « L’Oeil d’Afrique », a ouvert un dossier relatif à la qualité de l’eau que fournit la Togolaise des Eaux (l’eau de robinet).

Paru au n°109 du 29 octobre 2008, un questionnement pour identifier les faits.

Dans ce cadre, nous avions effectué, le lundi 03 novembre dernier, une visite, bien sûr guidée, à la direction de la TdE à Assivito et au centre de traitement à Cacaveli.

Notre rédaction a sillonné les différentes étapes suivantes :

- Le forage de l’eau
- La suppression de substances gazeuses et le filtrage
- Le traitement chimique
- La distribution
- Les canaux de distribution – tuyauterie – dans certains quartiers

Ce fut une expérience importante qui aurait permis de mesurer l’ampleur du travail fait sur l’eau de la pompe, bien vrai qu’il existe des compétences.

Aujourd’hui, après constat, nous sommes en mesure, d’affirmer :

La présentation qui nous a été faite lors de la visite, montre que les deux premières étapes, du forage au filtrage, ne souffrent d’aucun doute de réussite.

Néanmoins, en ce qui concerne les trois dernières étapes, à savoir : le traitement à base des produits chimiques, la qualité des canaux - souterrains - de distribution d’eau, nous attendons réunir nos recherches avant de pouvoir publier une réponse convaincante, ceci dans les jours à venir.

En outre, nous avons interpellé la direction de la TdE à accroître les capacités des journalistes sur les techniques de traitement de l’eau. Ce qui renforcerait la crédibilité de la démarche commune (journalistes – TdE) pour lever entièrement toute équivoque sur la qualité de l’eau.

Toutefois le refus de la part de la direction, ne traduirait-elle pas une culture du secret ?
YERIMA Amidatou

« Il me semble que l’on ne va pas bien loin, si l’on ne fait pas quelque chose pour quelqu’un d’autre »

Cette proposition d’un homme sage, interpelle à plus d’un titre, les dirigeants du Togo, par le constat suivant : il y eut des crises aiguës liées à des facteurs endogènes et exogènes, le petit peuple ne trouvant pas de pitance, la classe moyenne tend à disparaître, laissant le pauvre en face du riche.
En même temps, dans les rigoles de certains quartiers, des restes d’aliments végètent, et dans d’autres, le pauvre est dans la misère, tandis que les pouvoirs en place subsistent, investissant de jour en jour dans des objets et événements de prestiges personnels, dont la fête de l’ivresse durant laquelle la bière est à 12 000 f (sur l’esplanade de Corinthia hôtel 2 Février), soit la moitié du SMIG, autrement dit, le pauvre a sa place ailleurs...au KERMESS de la plage
La fracture sociale jadis inexistante, s’aggrave. Pour la simple raison, qu’il n’y a pas de sérieux au sommet de l’Etat. Des directeurs généraux, détournent…et amassent des fortunes.
Consulté un jour, un dirigeant togolais répondait ainsi, comme un samaritain, relativement à sa fortune personnelle : « si je disposais de ces milliards, toute l’Afrique viendrait à mon palais». Et il continuait, scandalisé, lorsqu’il apprenait, qu’un de ses pairs s’était offert une limousine blindée, à près d’un demi-milliard.
Mais aujourd’hui, c’est contre nature que s’offre dans sa maison, et doublement plus chère, une Maybach.
S’offrir une voiture n’est certes pas un crime ; mais lorsque l’on ne peut la justifier officiellement, et surtout lorsque c’est le Président d’un pays qui, au regard des indicateurs présentant les plus sombres tableaux dans la gestion des biens publics, on est en droit de s’interroger sur la provenance de cette fortune.
Et c’est justement en rapport avec cette fortune, publiée par Forbes, cette revue américaine qui aurait classé la famille dans les plus riches du continent, que ce journaliste aurait à tort ou à raison, fait cas et même mérité la prison, pour avoir parlé.
Ce dernier a accusé l’ex-président de posséder des milliards ; il aurait été question d’une pure humiliation, nous a-t-on dit. Serait-ce de guerre lasse, le temps eut fait son travail, pour que s’ouvre dans le patrimoine héréditaire une telle dépense qu’aucune source digne de foi, à l’heure où nous concluons, ne vienne démentir ?
Il faut que les choses changent dans le bon sens, aurait-on sous-entendu.
Par ailleurs, il est regrettable que le système ne pense au bien être collectif que sous un angle peu crédible, au moment où les travailleurs du génie civil sont sous le soleil, sous-équipés, pour réparer les chaussées, préalable pour qu’une voiture puisse bien circuler. Au moment où les travailleurs se livrent à la température ambiante du bitume surchauffé, paradoxalement on se sert encore d’une pioche pour défoncer la chaussée à l’heure de la machinisation, et du bois de chauffe pour réchauffer le goudron.
Sur un second registre, les écoles, bien qu’encore gratuites, manquent de toiture.
A cette allure, en l’absence de la cour des comptes, certains considèrent que le Togo n’aurait pas été gouverné, mais partagé tel un gâteau.
C’est le comble qu’en pleine crise financière internationale, le fils de la nation se permette au grand dam de la nation des luxes qui ne se dimensionnent qu’à la fortune personnelle.
Où aurait-il pu trouver cette somme, dans un pays divisé où deux classes, antagonistes, définissent en entier les seules composantes de la société togolaise ?
Yérima Amidatou

Détournement des recettes au Terminal du Sahel

Les services, qui devraient, par leur rendement, contribuer à une nette amélioration des recettes de l’Etat, ne sont pas à la hauteur des espérances. Le tableau présenté par le gouvernement togolais est sombre et peu reluisant.
Les poches de résistance existent au cœur même de la hiérarchie et se développent par manque de rigueur dans le contrôle des comptes.
A la Douane, Terminal du Sahel, une catégorie de caissiers, avec la bénédiction de certains supérieurs à " Togblé", alimenterait un compte parallèle de vente de tickets « laisser passer » fraudés.
La quittance imprimée en autocollant, donnant un droit de transit aux véhicules non immatriculés sur le territoire togolais, serait falsifiée et vendue à des prix dérisoires.
Selon certaines indiscrétions, des chefs se seraient faits beaucoup d’argent avec ce procédé. Un agent reconnaît avoir bénéficié d’importantes sommes d’argent comme récompense pour le silence et la complicité observés. En guise de preuve à son allégation, la même source dont nous taisons pour l’instant l’identité s’exprime : « Sinon, en ma qualité de simple caissier, avec un salaire mensuel de 150 000 f cfa, où aurais-je pu trouver, en moins de 10 ans de service, l’argent pour m’offrir plus d’une demi-douzaine de villas construites dans des quartiers résidentiels de Lomé ? », s’interroge-t-il en notre présence. Avant d’ajouter « … sans compter les terrains nus (non bâtis) dont je suis propriétaire, (…), mon véhicule personnel et autres engins à deux roues… Je suis rentré au Port Autonome de Lomé comme simple gardien ; aujourd’hui je suis caissier et me rends au service quand je veux », a-t-il conclu.
Ces informations, après de longues enquêtes sur le terrain, ne souffrent d’aucun doute : les réalisations matérielles de ces agents de la Douane sont une injure aux autres douaniers qui, malgré leur sens du travail bien fait, se retrouvent au bas de l’échelle sociale, et qui semble-t-il, n’ont pas une même origine ethnique que les patrons…, un "frèrisme" antipatriotique leur permettant de se gaver du "gâteau national" jusqu’à la barbe, disent certains.
La période d’avant et durant 2005 aurait fait du Port Autonome de Lomé, la vache à lait des pilleurs. Les services comptables ont enregistré de faibles taux de recettes alors que le nombre réel de véhicules en transit à Lomé est bel et bien supérieur.
Les Togolais ont encore en mémoire l’affaire de 5 milliards détournés au Port Autonome de Lomé, dont le sort des présumés auteurs n’a jamais été traduit devant les juridictions pour décourager les criminels. Un sérieux précédent, un laisser aller, disent d’autres.
Aujourd’hui, le système portuaire continue de souffrir de malversations économiques : les guichetiers vendraient des badges, en concurrence avec l’Etat, leur employeur, en fournissant de faux badges, dont les recettes vont naturellement dans leur poche. Pire, la complicité généralisée qui entoure l’administration démontre que l’économie du Togo a des jours ténébreux devant elle.
Pour se détourner de leur mauvaise conscience, des vendeurs de tickets évoqueraient leur bas salaire : « comment pourrait-on concevoir qu’un tickettier fasse des dizaines de millions mensuels et qu’à la fin du mois, il se retrouve avec un salaire de misère ? »
L’apport du Terminal du Sahel, de source bien indiquée, est d’une part annuelle d’environ 4 milliards dans l’économie depuis des décennies.
Nous interpellons le Directeur Général des Douanes et celui du Port Autonome de Lomé à faire la lumière sur les recettes à de divers niveaux.
Nous y reviendrons.

Commentaire
Il faut dire que lorsque l’administration se clanise et s’ouvre à l’incompétence, elle ne se met plus au service de la Nation mais d’une minorité. Et le pillage n’est plus aux yeux des personnes, qui en général se connaissent, un délit mais un signe de solidarité.
Une anomalie de gouvernance économique et sociale, qu’évoque l’économiste Nadine Khalife dans sa récente publication et qui porte de dures entorses à l’Etat moderne que le Président Faure a coutume d’exprimer sans relâche, et qui si on n’y prend garde constituera un vain mot.
L'Oeil d'Afrique